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Flore, Célestine, Thérèse, Henriette TRISTÁN-MOSCOSO dite Flora TRISTÁN

D’après la conférence donnée par Michel LELUC†, lundi 8 novembre 2004

Célébration nationales 2003

~ Vie politique et institutions ~
Flore, Célestine, Thérèse, Henriette TRISTÁN-MOSCOSO
dite Flora TRISTÁN
Paris, 7 avril 1803 – Bordeaux, 14 novembre 1844

Flora Tristán a sa place en histoire de France dans le même compartiment que sa contemporaine George Sand, celui des femmes que leurs déboires privés, aggravés par les injustices propres à la condition féminine d’alors, ont amenées à une sorte d’anticipation du féminisme, en même temps qu’à une insertion inattendue dans les combats politiques de leur siècle. Combats de la gauche bourgeoise, pourrait-on dire, pour George Sand, qui devient libérale puis républicaine, combats de l’extrême gauche pour Flora TRISTÁN, qui demeure comme un acteur trop peu connu du «mouvement ouvrier».

Elle était d’éducation très bourgeoise, étant fille d’un noble et riche Péruvien marié en Espagne à une Française. Le mariage ayant été béni par un prêtre en exil mais n’ayant pu être enregistré civilement fut considéré comme nul et, après la mort de son père, Flora, malgré un voyage au Pérou, ne put obtenir la moindre part d’héritage de la famille américaine. Donc, retour à Paris, et vie dans la précarité, tantôt dame de compagnie, tantôt ouvrière d’art (gravure, lithographie). Un patron la séduit, l’épouse, ils ont des enfants ; puis c’est la séparation, échange sordide de procès et de coups. Le poumon percé d’un coup de pistolet en 1838, Flora Tristán, la santé ébranlée, mourra «poitrinaire» six ans plus tard. Les enfants survécurent, et l’une des filles devait devenir la mère de Paul Gauguin.

Assez proche du peuple pour en subir et en sentir les misères, et assez lettrée pour connaître le monde foisonnant des artistes, écrivains et théoriciens des années 30 et 40, Flora Tristán devient l’une des plus authentiques et des plus complètes figures du socialisme dit utopique, précurseur de la Révolution de 1848. Un roman, Memphis, une autobiographie, Pérégrinations d’une paria, une enquête sévère dans le pays phare du capitalisme industriel, Promenades dans Londres, enfin un essai de programme et d’appel à la constitution d’une association ouvrière réformatrice, l’Union ouvrière.

Pour prolonger le succès parisien de ce dernier écrit, elle se lance dans un «Tour de France» de plusieurs mois qu’elle n’aura pas le temps d’achever, mourant épuisée à Bordeaux où sa tombe, érigée en 1848, est visible au cimetière Bordeaux-Chartreuse. La mémoire de Flora Tristánnous aide utilement à enrichir l’histoire d’un «mouvement ouvrier» réel, qu’on ne saurait réduire aux noms évocateurs et symboliques de Karl Marx, d’Auguste Blanqui ou d’Agricol Perdiguier.

Maurice Agulhon
professeur honoraire au Collège de France
membre du Haut comité des célébrations nationales

Pérégrinations d’une paria

Avant Propos

Avant de commencer la narration de mon voyage, je dois faire connaître au lecteur la position dans laquelle je me trouvais lorsque je l’entrepris et les motifs qui me déterminèrent, le placer à mon point de vue, afin de l’associer à mes pensées et à mes impressions.

Ma mère est Française: pendant l’émigration elle épousa en Espagne un Péruvien; des obstacles s’opposant à leur union, ils se marièrent clandestinement, et ce fut un prêtre français émigré qui fit la cérémonie du mariage dans la maison qu’occupait ma mère. J’avais quatre ans lorsque je perdis mon père à Paris. Il mourut subitement, sans avoir fait régulariser son mariage et sans avoir songé à y suppléer par des dispositions testamentaires. Ma mère n avait que peu de ressources pour vivre et nous élever, jeune frère et moi; elle se retira à la campagne où je vécus jusqu’à l’âge de quinze ans. Mon frère étant mort nous revînmes à Paris, où ma mère m’obligea  d’épouser un homme  que je ne pouvais ni aimer ni estimer.  À cette union je dois tous mes maux; mais, comme depuis ma mère n’a cessé de m’en montrer le plus vif chagrin, je lui ai pardonné, et, dans le cours de cette narration , je m’abstiendrai de parler d’elle. J’avais vingt ans lorsque je me séparai de cet homme : il y en avait six, en 1833, que durait cette séparation, et quatre seulement que j’étais entrée en correspondance avec ma famille du Pérou.  J’appris, pendant ces six années d’isolement, tout ce qu’est condamnée à  souffrir la femme séparée de son mari au milieu d’une société qui, par la plus  absurde des contradictions, a conservé de vieux pré jugés contre les femmes placées dans cette position, après avoir aboli le divorce et rendu presque impossible la séparation de corps. L’incompatibilité et mille autres motifs graves que la loi n’admet pas rendent nécessaire la séparation des époux; mais la perversité, ne supposant pas à la femme des motifs qu’elle puisse avouer, la poursuite de ses infâmes calomnies.  Excepté un  petit nombre d’amis, personne ne l’en croit sur son dire , et, mise en dehors de tout par la malveillance elle n’est plus, dans cette société qui se vante de sa civilisation, qu’une malheureuse Paria, à laquelle on croit faire grâce lorsqu’on ne lui fait pas d’injure.

Le tour de France – 1844.
Editions Tête de feuilles, Paris, 1973,
p. 127-128, 133 L’aspect de la ville de Saint Etienne. C’est en petit et bien laid ce qu’est Lyon. – Toutefois avec les deux grands fleuves de moins. Les maisons sont moins hautes qu’à Lyon, mais elles sont plus noires, encore plus tristes, plus sales. Toutes celles habitées par les ouvriers sont ignobles, quelques neuves sont assez bien – elles appartiennent toutes à des fabricants de rubans, d’armes et de quincaillerie. Çà et là sur les collines qui entourent la ville il y a de jolies maisons de campagne aux fabricants. – Lorsque j’aperçois ces maisons, elles me causent un mouvement d’effroi dont je ne suis pas maîtresse – songeant de suite à la manière dont elles se sont gagnées, je vois dans chaque pierre un membre humain.

Je viens de la messe à la cathédrale. Elle était pleine, comble et de peuple principalement. Cette cathédrale de Saint Etienne est ignoble. L’intérieur répond à l’extérieur. – C’est dégouttant à voir. – Il y avait près de la chapelle de la Vierge un Jésus-Christ sous verre que les pauvres paysans baisaient respectueusement en mettant une aumône à côté. – D’autres baisaient des reliques. – Allez donc parler à des gens de cette sorte de leurs «droits» et de leurs «devoirs»!


Le tour de France – 1844
Editions Tête de feuilles, Paris, 1973,
p. 138-139J’ai visité hier trois ou quatre ateliers d’ourdisseuses. – Là encore comme partout l’ouvrière est sacrifiée à la chose. – Le métier et rien que le métier, voilà le principe économique du bon fabricant. Dans les ateliers d’ourdissage, tout est fermé. – Il y a manque d’air, le peu qui s’y trouve est vicié – la pauvre ouvrière étouffe, sa poitrine se dessèche, elle devient malade, qu’importe au fabricant – lui il ne voit que la soie, sa chère soie ! Pour elle il est plein de sollicitude, la soie ne veut pas d’air parce que l’air pourrait la fatiguer, or pas d’air dans l’atelier. – Que les machines humaines travaillantes périssent faute d’air, que lui importe ! – Et il est sûr de trouver partout des dites machines pour rien. – Le pays lui en fournit.

En me séparant de mon mari j’avais abandonné son nom et repris celui de mon père.  Bien accueillie partout, comme veuve ou comme demoiselle, j’étais toujours repoussée lorsque la vérité venait à se découvrir. Jeune, jolie, et paraissant jouir d’une ombre d’indépendance, c’étaient  des causes suffisantes pour envenimer les propos et me faire exclure d’une société qui gémit sous le poids des fers qu’elle s’est forgés, et ne pardonne à aucun de ses membres de chercher à s’en affranchir.
La présence de mes enfants m’ empêchait de me faire passer pour demoiselle et presque toujours je me suis présentée comme veuve; mais, demeurant dans la même ville  que mon mari et mes anciennes connaissances, il m’était bien difficile de soutenir un rôle dont une foule de circonstances pouvaient une me faire sortir.  Ce rôle me mettait fréquemment dans de fausses positions, jetait sur ma personne un voile d’ambiguïté et m’attirait sans cesse les plus graves désagréments.  Ma vie était un supplice de tous les instants. Sensible et fière à l’excès, j’étais continuellement froissée dans mes sentiments, blessée et irritée dans la dignité de mon être Si ce n’eût été l’amour que je portais à mes enfants, à ma fille surtout, dont le sort à venir, comme femme , excitait trop vivement ma sollicitude pour ne pas rester après d’elle, afin de la protéger et la secourir; sans ce devoir sacré dont mon coeur était profondément pénétré, que Dieu me le pardonne! et que ceux qui régissent notre pays frémissent! je me serais tuée….

Je vois, à cet aveu, le sourire d’indifférence de l’égoïsme qui ne sent pas, dans son ineptie, la corrélation existante entre tous les individus d’une même agrégation; comme si la santé du corps social, dont plusieurs membres sont portés au suicide par le désespoir, n’offrait aucun sujet d’appréhension.  J’avais écrit, en 1829, à ma famille du Pérou, dans le dessein à demi formé d’aller me réfugier auprès d’elle, et la réponse que j’en reçus m’aurait engagée à réaliser immédiatement ce projet , si je n’en avais été  empêchée par la réflexion désespérante qu’eux aussi  allaient  repousser une esclave fugitive, parce que, quelque méprisable que fût l’être dont elle portait le joug, son devoir était de mourir à la peine, plutôt que de briser des fers rivés par la loi.

Les persécutions de M. Chazal m’avaient à plusieurs reprises, contrainte des fuir de Paris: lorsque mon fils eut atteint sa huitième année, il insista pour l’avoir, et m’offrit le repos à cette condition. Lasse d’une lutte aussi prolongée et n’y pouvant plus tenir, je consentis à lui remettre mon fils en versant des larmes sur l’avenir de cet enfant; mais quelques mois s’étaient à peine écoulés depuis cet arrangement, que cet homme recommença à me tourmenter; et voulut aussi m’enlever ma fille, parce qu’il s’était aperçu que j’étais heureuse de l’avoir auprès de moi. Dans cette circonstance, je fus encore obligée de m’éloigner de Paris: ce fut pour la sixième fois que, pour me soustraire à des poursuites incessantes; je quittai la seule ville au monde qui m’ait jamais plu. Pendant plus de six mois , cachée sous un nom supposé, je fus errante avec ma pauvre petite fille. A cette époque duchesse de Berri parcourait la Vendée:  trois fois on m’arrêta; mes yeux et mes longs cheveux noirs, qui ne pouvaient être dans le signalement de la duchesse, me servirent de passeport et me sauvèrent   de toute méprise. La douleur, jointe aux fatigues, épuisa mes forces;  arrivée  à Angoulême, je tombai dangereusement malade.

Dieu me fit rencontrer dans cette ville un ange de vertu qui me donna la possibilité d’exécuter le projet que, depuis deux ans, je méditais, et que m’empêchait de réaliser  mon affection pour ma fille. On m’avait indiqué la pension de mademoiselle Bourzac comme la meilleure pour y placer mon enfant. Au premier abord, cette excellente personne lut dans la tristesse de mes regards l’intensité de mes douleurs. Elle prit ma fille sans me faire question et me dit:   –Vous pouvez partir sans nulle inquiétude: pendant votre absence je lui servirai de mère, et si le malheur voulait qu’ elle ne vous revît jamais, elle resterait avec nous.  Lorsque j’eus  acquis la certitude d’être remplacée auprès de ma fille, je résolus d’aller au Pérou prendre refuge au sein de ma famille maternelle, dans l’espoir de trouver là une position qui me fît entrer dans la société.

Tristán s’est fait remarquée par ses écrits documentaires en commençant par ses descriptions de la vie péruvienne dans son autobiographie. Après avoir publié un roman mal reçu, Méphis (1838),  elle n’a jamais repris la fiction.  En fait, Flora Tristán a critiqué l’écrivaine la plus célèbre de son époque pour s’être ainsi ‘voilée.’  Dans la préface de Pérégrinations d’une paria, elle écrit, « Quels retentissements peuvent avoir des plaintes que des fictions enveloppent?  Quelle influence pourraient-elles exercer lorsque les faits qui les motivent se dépouillent de leur réalité? Les fictions plaisent, occupent un instant la pensée, mais ne sont jamais les mobiles des actions des hommes… Que tout individu enfin qui a vu et souffert, qui a eu à lutter avec les personnes et les choses, se fasse un devoir de raconter dans toute leur vérité les événements dans lesquels il a été acteur ou témoin, et nomme ceux dont il a à se plaindre ou à faire l’éloge; car je le répète, la réforme ne peut s’opérer, et il n’y aura de probité et de franchises dans les relations sociales que par l’effet de semblables révélations » (xxvii-xxviii).

Promenades dans Londres (1840) se base sur ses observations de la société anglaise, les quartiers les plus pauvres aussi bien que le parlement,  les internes de Bedlam, les prostituées, et les femmes de la classe moyenne.  Ensuite, elle s’est préoccupée de la cause de la classe ouvrière dans son pays natal.  L’Union ouvrière est un manifeste pour l’établissement d’une organisation internationale ouvrière dirigée par les classes laborieuses elles-mêmes.  Pour faire répandre cette idée, Flora Tristán s’est embarquée sur un tour de France, le circuit traditionnel des compagnons français.  Son journal, publié posthumément, trace ses rencontres avec les femmes et les hommes ouvriers à travers la France. Flora Tristán n’a jamais achevé son voyage.  Elle est prématurément morte de la fièvre typhoïde en 1844. Le 22 octobre 1848, au cimetière de Bordeaux, une foule de sept à huit mille personnes inaugure un monument à sa mémoire.


La ville de Bordeaux garde, rue des Bahutiers, le souvenir de la pionnière du féminisme et du syndicalisme.


Bibliographie choisie

Flora TristanSources primaires

  • Méphis. Paris: Ladvocat, 1838.
  • Nécessité de faire bon accueil aux femmes étrangères. Paris: Delaunay, 1835.
  • Pérégrinations d’une paria. Paris: Arthus Bertrand, 1838.
  • Promenades dans Londres. Paris:  H.-L. Delloye, 1840.
  • L’Union ouvrière. Paris:  Prévôt, 1843.
  • Le Tour de France. Ed. J.L. Puech.  Intro. Stéphane Michaud.  2 vols.  Paris: Seuil, 1980.

Sources secondaires

  • Blanc, Eléonore.  Biographie de Flora TRISTÁN. Lyons, 1845.
  • Puech, Jules.  La Vie et l’oeuvre de Flora TRISTÁN. Paris:  Marcel Rivière, 1925.

FLORA TRISTÁN

  • La paria et la femme étrangère dans son oeuvre
  • Porfirio Mamani Macedo – Approches liitéraires
  • Pour Flora TRISTÁN, tout le mal vient de la discrimination sociale que subissent les pauvres, les femmes, et surtout les étrangères qui se retrouvent esseulées, sans aide, complètement démunies. Il est sûr que Flora TRISTÁN, en parlant de ce mal, parle d’abord de sa propre expérience, s’étant trouvée dans des situations similaires à celles qu’elle décrit dans ses récits de voyages (au Pérou de 1833 à 1834, et en Angleterre entre 1825 et 1839)


Dossier : la Libération des femmes
Histoire : Revue trimestrielle publiée par des militant(e)s de la Ligue Communiste Révolutionnaire
Flora TRISTÁN : femme et révoltée

Flora TRISTÁN est strictement contemporaine de Victor Hugo et de Georges Sand. Née en 1803, elle a un an de moins que le premier, un de plus que la seconde. Elle a 15 ans lors de la naissance de Marx et si elle ne saura jamais rien de lui, la réciproque n’est pas exacte. Il est vrai, elle n’atteindra jamais leur renommée, si ce n’est d’être la grand-mère de Paul Gauguin.

Aussi, ce n’est pas la consécration de l’opinion qui nous la fait rencontrer. Si après la révolution de 1848, elle tombe en disgrâce historique, en oubli presque, pour ne resurgir peu ou prou dans la mémoire collective qu’à la faveur de 1968, ses écrits, sans avoir le brillant de ses deux contemporains, ont pour elle l’originalité.

Les nouvelles générations, souvent déçues par une sorte de monopole étouffant de quelques idéologies officialisées, cherchent volontiers leur racines dans ce socialisme d’avant 1848, à la fois réformiste et libertaire, réaliste et utopique, radical et modéré. Dans ce socialisme s’enracine toute l’histoire du mouvement d’émancipation sociale. Redécouvrir nos propres racines, aussi étranges puissent-elles paraître aujourd’hui, c’est nous réinventer un avenir.

Bien sûr, cette mémoire du travail de Flora, son influence, pour discrète qu’elle fut, ne s’était en fait jamais réellement perdue. Parmi les premières grandes figures du féminisme, d’ailleurs proche du socialisme, sa présence est là en filigrane ; notamment chez les animatrices de La voix des femmes, comme Eugénie Niboyet, qui fondera à Lyon l’Association fraternelle des femmes ouvrières ou Jeanne Deroin qui en 1849 proposera un plan d’union de toutes les associations ouvrières.

On pense aussi, surtout, mais bien plus tard, à Hélène Brion qui restera liée à l’histoire du socialisme. Militante féministe, elle est adhérente à la SFIO et appartient, jusqu’en 1915, au Comité central confédéral de la C.G.T.(Confédération Générale du Travail). En 1919, elle prononcera deux conférences en sa mémoire intitulées : «Une méconnue, Flora TRISTÁN, la vraie fondatrice de l’Internationale.»

Flora TRISTÁN se situe en effet au cœur du mouvement social de son époque, les années 1830 ; elle représente surtout pour nous le lien entre le « vieux socialisme », volontiers sentimental et celui, plus familier, qui n’émergera véritablement qu’à l’occasion des journées de juin 1848, marquant une conscience politique beaucoup plus affirmée. On s’attachera ici, en 1848 (Flora est décédée depuis 4 ans), à rendre compte de ce premier socialisme, a priori déroutant, et l’étirement qu’elle en fait.

Elle est, en quelque sorte, à la croisée de tous les chemins, ceux de la critique sociale et ceux de la critique des mœurs. Le socialisme et le féminisme sont les deux courants principaux qui naissent d’un même mouvement, un sentiment commun.

Le principal mouvement d’idée de cette période, le saint-simonisme, à la réforme sociale, proclamant que «toutes les institutions sociales doivent avoir pour but l’amélioration du sort moral, physique et intellectuel de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre.» (Saint-Simon, Nouveau Christianisme, 1821). Et il n’oublia jamais de parler de la question des femmes.

Dès Les lettres d’un habitant de Genève (1807), Saint-Simon soutenait le droit de suffrage des femmes (il est vrai, bien après Condorcet dans son Admission des femmes au droit de citer, en 1790). Ses disciples garderont le même fil d’Ariane : «La femme et le prolétaire avaient tous deux besoin d’affranchissement. Tous deux courbés sous le poids de l’esclavage, ils  devaient nous donner la main et nous révéler l’un et l’autre une langue nouvelle.» (Religion saint-simonienne, 1831). On en aperçoit l’inspiration religieuse lorsque le «nous» de ceux qui se vivent comme apôtres est posé presque antérieurement aux deux pôles de la Rédemption, la femme et l’ouvrier.

Le renouveau social y est lié à un renouveau de l’esprit et de la pensée, foncièrement chrétienne (selon Saint-Simon). Aussi ce renouveau du christianisme (attendu et théorisé, guère réalisé quand l’Église catholique veillait au grain) y a partie liée. Dans l’imaginaire du temps, toutes les rêveries et les mystiques se croisent, s’entremêlent dans ce qu’on nomme le romantisme.

Bien sûr, ce ne sont pas des romans à l’eau de rose dont on parle. Dans le sillage de ces rêveurs, faiseurs de monde, à la fois dans le concret et aussi totalement à côté, se formeront les premiers groupes typiquement ouvriers ; non pas véritablement militants mais attachés à ce que se forme et s’exprime une culture proprement ouvrière. Les premiers groupes féministes se formeront aussi en parallèle autour de femmes à la personnalité exceptionnelle. Des gens différents les animent mais une même veine les unit. Entre les deux donc, un même creuset : l’émancipation sociale.

Attachée par le temps et son esprit à tous les réformateurs et rénovateurs sociaux, ceux qu’on aurait appelé jusqu’il y a peu encore «progressistes», elle s’arrime aux principales figures et idées du mouvement saint-simonien, notamment le père Enfantin, disciple de Saint-Simon qui s’était proclamé pape de ce qui s’était transformé en secte.

Elle se lie aussi avec Fourier, dont elle admire les idées, et son principal disciple, Considérant. Elle en retient, outre l’utopie d’un autre monde – comme on dirait
aujourd’hui -, l’appel à la liberté en amour et sa théorie de l’harmonie des passions. Différemment des saint-simoniens, la femme est pour lui paradigme de la civilisation (surtout celle qui est à venir) : «Les progrès sociaux et les changements de période s’opèrent en raison du progrès des femmes vers la liberté (…) l’extension des privilèges des femmes est le principe général de tous les progrès sociaux.» (Théorie des quatre mouvements, 1808).

Il est cependant difficile de qualifier Fourier de féministe. Cette épithète conviendrait mieux aux saint-simoniens dont le vaste appareil théorique vise à démontrer, par l’histoire, la science, la théologie et la philosophie que les deux sexes ne peuvent être qu’égaux ou surtout que dans leurs différences, leurs inégalités réciproques se compensent mutuellement et s’équilibrent. Eux aussi pensent harmonie et en des termes si peu différents que Fourier leur reprochera de l’avoir tout simplement pompé.

Fourier n’est pas un apôtre de la femme, il se contente de postuler en architecture de sa société d’harmonie, le phalanstère, l’égale dignité en fonction des deux sexes «concurrents» et des deux pôles masculins et féminins dans la personnalité de chacun – pour les curieux d’histoire sociale, il est possible de visiter, à Guise, le familistère de Godin, réalisation concrète, et coopérative ouvrière, inspirée du génie un peu fou de Fourier.

Flora, si elle se situe bien dans cet héritage spirituel, cet environnement temporel, ne prétend pas aux mêmes productions intellectuelles. Son rôle est pratique, concret. La souffrance du prolétaire, l’oppression de la femme, elle la ressent dans sa chair : c’est à partir de cette expérience qu’elle agit et s’exprime. Socialiste et féministe, elle ne peut pas être l’un à coté de l’autre, comme une collection de jolies idées, elle est les deux en même temps, dans le même temps.

C’est qu’à force de retourner dans son esprit ces deux questions, comment émanciper l’ouvrier et comment émanciper la femme, elle parvint à les fondre en une seule, les articuler l’une dans l’autre. On comprend que ces deux questions n’en sont qu’une, comment émanciper l’humanité tout court. Le chemin suivi par son esprit pour aboutir à cette synthèse et lui proposer une même solution est ce qui fait tout l’intérêt de Flora et qui mérite qu’on s’en souvienne.
Pour la comprendre, dans la manière dont elle vit son action et l’explicite, il faut se rendre compte du caractère tout à fait particulier de ce premier socialisme et la place importante que le féminisme y occupe.

Il est idéaliste à l’extrême, volontiers religieux et voire carrément mystique. Il épouse le romantisme de l’époque, le radicalise. Pour exemple, Pierre Leroux, son principal théoricien (qui réclame pour lui la primauté de l’emploi du mot « socialisme » en 1830) en bon saint-simonien, fait de la politique ou de la théorie sociale le jour et la nuit s’escrime à traduire Job. On en perçoit aisément l’intérêt pour lui, Job parce qu’il se révolte contre l’injustice de Dieu en est à la fin reconnu comme son meilleur serviteur ; il a su distinguer foi et loi, il anticipe sur la figure du Christ.

Et Flora se moule dans cette religiosité originelle : c’est d’abord en chrétienne qu’elle parle et pense. Elle se sent une héroïne romantique et se croit volontiers prophète. Affective et mystique, elle se dit «sœur en l’humanité» et déclare que tout se fera par l’amour. Amour n’est pas seulement ce qui relie les êtres quand le reste divise, amour est charité ; le coeur qui fait qu’un homme est un homme, authentique, et non «un timbre retentissant» comme le dit Saint-Paul. C’est donc en prophète qu’elle parle et c’est comme cela qu’elle est accueillie.

Toute restreinte que soit son œuvre, elle forme pour ainsi dire le prélude de son action sociale. Ecriture et action, réflexion et engagement sont non seulement indissociables mais se nourrissent réciproquement.

On ne pense que pour agir et l’action ne vaut que si elle est pensée, que si elle est une pensée. Pour Flora, l’écriture se rattache à un vaste plan de réforme sociale (au sens générique, transformer). A l’inverse des penseurs qui l’inspirent, sauf peut-être le britannique Robert Owen, qu’elle soutient publiquement, elle veut faire œuvre utile et pratique, et ne point construire seulement «une brillante utopie», mais indiquer avec soin les jalons de la route qui «pourra nous conduire à réaliser le beau rêve d’un Eden universel».

Au moment ou les disciples d’Enfantin, joignant rêve et réalité, courent l’Orient à la recherche de la Femme messie ; elle se fait connaître par un petit fascicule, De la nécessité de faire bon accueil aux femmes étrangères (1834). Là encore, c’est un vécu premier, femme elle est mais aussi étrangère, elle ne sera jamais nulle part véritablement chez elle.

Ni en France ou la loi la considère comme fille naturelle, qui plus est mère de famille séparée de son mari (à un moment où le divorce n’est pas reconnu, elle se voit fille mère), ni non plus au Pérou, d’où son père est originaire. Elle est paria, rejetée par la loi et haïe de la bonne morale1. On comprend l’énergie qu’elle dépense à l’amélioration du sort des femmes «cette moitié du genre humain qui a reçu mission de porter l’amour et la paix au sein des sociétés.» Elle rappelait ensuite la nécessité de l’union dans l’effort commun car «divisées, les masses souffrantes de l’humanité sont faibles, incapables mêmes de pouvoir lutter contre les derniers efforts d’une civilisation décrépitée qui s’éteint.»

C’est seulement en s’associant que les individus trop faibles par eux-mêmes, peuvent puiser la force nécessaire à leur libération ou plus modestement, l’amélioration de leur sort. Dans la situation très malheureuse où certaines femmes se trouvaient rejetées, le secours mutuel était encore le moyen d’action le plus opportun. Dans cette pensée, Flora se mettait à l’œuvre en fondant une première société d’assistance.

Dans la situation des femmes étrangères, au-delà de son statut revendiqué de paria, elle s’intéresse surtout à une fraternité sans frontière, qu’elle exprimait ainsi : «Le jour où nous serons tous frères, sans nous distinguer par les noms d’Anglais, d’Allemands, de Français.» ; «les limites de notre amour ne doivent pas être les buissons de notre jardin.»
Sa pensée et son action vis-à-vis des femmes conçoivent d’ores et déjà celles qu’elle entreprendra plus tard pour remédier à la misère du prolétariat. Déjà, il faut aider sans blesser et assister sans contraindre. Tout dans ce but nous révèle un idéal de liberté et de justice universelle, sans acception de classe, de sexe ou de race.

A cette préface suggestive de son œuvre, s’ajouteront plusieurs ouvrages. Mais on l’a dit, pour Flora écrire n’est pas un exercice littéraire, elle écrit comme elle vit, au gré de l’existence, des rencontres, des voyages, de l’évolution de sa propre expérience. Même dans le seul roman qu’elle nous lèguera, Méphis (en 1838, abréviation de Méphistophélès du Faust de Goethe), écrire c’est agir. Elle prête à Méphis, son principal personnage, peintre de son état, l’essentiel de ses idées sociales avec une nette réminiscence saint-simonienne : la libération de la femme est le pivot de la régénération sociale :
«Dans la nouvelle loi que Méphis se proposait de prêcher, la mission de la femme était d’inspirer l’homme, d’élever son âme au-dessus des vaines opinions du monde.
(….)L’observation et la raison l’avaient convaincu que tant qu’on ne saurait pas utiliser convenablement les facultés intellectuelles de la femme, l’humanité ne progresserait que lentement car, selon lui, la femme réfléchit la lumière divine.»

Pour Flora, la femme est l’intermédiaire entre Dieu et l’homme, l’instrument de sa Rédemption. C’est de cette manière-là qu’elle liera question féminine et question ouvrière : la femme est ce qui permettra l’émancipation. Dès lors, elle ne perdra jamais de vue les deux buts qu’elle donnera au dévouement de son écriture-action (autant qu’action écrite qu’écriture agissante) : la réhabilitation de la femme et l’émancipation de la classe ouvrière ou l’inverse ; il n’y a pas de liberté sans fierté de soi et de possibilité de porter cette fierté.

Le coté moral du problème la préoccupe plus vivement que son aspect matériel. Dans ses Promenades dans Londres (1839), elle dessine en traits énergiques le sombre tableau d’une société ou le machinisme galopant aggravait encore les maux dont souffrait le peuple. Elle prend toujours soin de montrer ou plutôt restituer, le lien étroit qui existe entre la servitude matérielle et la dégradation morale des deux grands parias du monde moderne, la femme et le prolétariat.

Elle fit en Angleterre deux séjours qui lui furent des plus profitables quoiqu’elle garde des Anglais une médiocre opinion quand elle avoue que si, malgré tout, il est en France de tradition que la femme y soit l’être le plus honoré, en Angleterre, c’est le cheval. Toute boutade mise à part, elle observe et marque d’un trait vigoureux les défauts de l’édifice social.

Elle visite les manufactures gigantesques et leur population de miséreux en haillons, affamés, «simples forces productives de la société», qui ne comptent pour rien2, et qui s’enfoncent chaque jour dans l’abrutissement et l’ignorance.

Elle y découvre la lutte de classe et le chartisme.
Le cas des femmes n’y est pas oublié et elle consacre un chapitre entier aux anglaises qui retiennent son attention. Londres, des quartiers aux faubourgs miteux, des salons aux manufactures où elles font figures «d’ilotes», montre comment les femmes sont «parias de naissance, serves de condition et malheureuses par devoir.»

De haut en bas de l’édifice social, aigries par le mépris du mari ou du père, privées d’amour, elles en deviennent acariâtres, mégères, rendant la vie du foyer intolérable et les enfants ne peuvent que sortir abrutis et encrassés d’ignorance.

Elle cite à cet égard un grand nombre de fois la féministe Mary Wollstonecraft (1756-1797) et son  retentissant A vindication of the rights of woman (1793). En fait, l’état de la femme, en Angleterre et ailleurs, s’il concerne toutes les classes sociales, acquiert une dimension dramatique pour les couches les plus déshéritées : «Or donc, tâchez de bien comprendre ceci : la loi qui asservit la femme et la prive d’instruction vous opprime vous, homme prolétaire.»

Dans l’esprit de Flora désormais, le féminisme est un socialisme et inversement. Elle articule, si on me passe l’expression, la mégère et le prolétaire : comment de telles femmes peuvent-elles permettre une quelconque émancipation ? «La femme est tout dans la vie de l’ouvrier, car comme mère, comme amante, comme épouse, comme fille, elle a action sur lui de sa naissance à sa mort.» L’issue infernale de ce cercle de misère, une fois posée, est facile à trouver «Elevez la femme et vous élèverez l’ouvrier.»

La solution à ces deux maux joints, elle l’expose dans l’Union Ouvrière en 1843. Pour expliquer et défendre les vues de ce petit livre, elle entamera un tour de France où elle laissera ses dernières forces pour décéder à Bordeaux. La seconde édition, dès 1844, est payée par souscription collective recueillie dans les ateliers, preuve de la pénétration progressive de ses idées dans le prolétariat – essentiellement lyonnais.

Elle est maintenant devenue une petite personnalité, Arnold Ruge et Moses Hess la visiteront à Paris. Par ce petit livre, Flora criait au peuple : «Ouvriers, ouvrières, comptez vous ; pris un à un, vous n’êtes rien qu’un grain de poussière broyé sous la grande roue. Mais assemblez-vous, unissez-vous. Vous êtes cinq millions et cinq millions c’est une force.»
Elle appelle ainsi à ce que tous les ouvriers et toutes les ouvrières se constituent en une union solide, compacte, capable de compter devant les autres classes. Il faut donc «constituer la classe ouvrière» consciente d’elle-même, libre moralement et capable d’affirmer et de faire respecter ses droits.

Flora revient constamment sur cette pensée, c’est l’union de TOUS et de TOUTES qui constituera le prolétariat comme classe. Si la femme est la Rédemption de l’homme, celle-ci ne peut rien sans ce dernier. Aux ouvriers donc de commencer à traiter leur femmes comme des êtres libres. On ne se libère pas soi sans libérer les autres, les considérer comme tels. On ne se surprendra pas, alors, que l’Union Ouvrière s’entame par un «Pourquoi je mentionne les femmes.»

Cette association des travailleurs, si le mot n’apparaît pas dans l’Union, est déjà internationale. Mais les notations internationalistes, qu’il faudrait plutôt qualifier de cosmopolitiques, dans un registre moral et religieux, sous-tendent tout le projet. Le but en est posé dès le départ : «C’est l’UNION UNIVERSELLE DES OUVRIERS ET DES OUVRIERES». Un cosmopolitisme bien religieux dans son inspiration : «Par vous l’UNITE HUMAINE CONSTITUEE» sur le mode d’un «Tous frères dans le corps du Christ».
Même au plus prés des problèmes, elle conserve le ton du messianisme romantique. Dans son journal du Tour de France, y notant rencontres et impressions, elle définit son Union Ouvrière comme «un pont jeté entre la civilisation qui se meurt et l’ordre social harmonique.»

Cependant, l’internationalisme ne peut en aucun cas être considéré comme une invention de Flora (et moins encore de son cadet, Marx). Déjà en Allemagne, s’était constitué une Association de formation ouvrière avec l’aide d’émigrés français de 1830. En retour, c’est pour cette raison que Hess et Ruge – ce dernier étant l’éditeur des Annales franco-allemandes où Marx usa ses premières plumes – lors de leur voyage en France visitent Flora, Considérant, Louis Blanc, Cabet, etc.

A Londres aussi, les chartistes fondent les  «Democratic friends of all nations» (Les amis démocrates de toutes les nations), relayé en 1845 par les «Fraternal democrats» (Les démocrates fraternels).

Fin 1845, à Bruxelles, Marx et Engels fondent leur Comité de Correspondance Communiste. Pour finir ce petit excursus historique, la proposition fameuse de l’internationalisme, «Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !», reprise par Marx et Engels dans leur Manifeste (1848), est le slogan adopté par la Ligue des Communistes en juin 1947, formule préparée depuis 1830 et qui se cristallise à l’approche de la révolution de 1848.

Au-delà de la question féminine, l’Union mérite un examen attentif. Organiser la classe ouvrière signifiait pour Flora la seule possibilité légale de dépasser les émeutes sanglantes ou les vaines révoltes : «Tu n’iras plus en Spartacus sanglant», disait un chant ouvrier de l’époque.

Organiser, c’est conquérir. Toutes les organisation de secours et de compagnonnage  existantes sont incapables de «placer la classe ouvrière dans une position sociale qui la mit à même de pouvoir réclamer son droit au travail, son droit à l’instruction et son droit à la représentation dans le pays.»

Précisons qu’à cette époque, les coalitions sont interdites et seules restaient aux ouvriers les anciens cadres du compagnonnage. Dépasser ce cadre était une des questions essentielles débattues à l’époque, traitée par des ouvriers théoriciens comme le menuisier  Agricol Perdiguier ou le serrurier Pierre Moreau. La force et la faiblesse de sa proposition réside là, créer cette Union, ayant vocation générale, n’est rien d’autre que «créer le parti des prolétaires» comme le lui rappelle Considérant.

L’essentiel, cependant de son Union, pour être bien retenu et compris, peut se résumer ainsi :

  1. Essai de définition de la classe ouvrière, détermination par genre. Retenons celui qui me semble essentiel : l’isolement.
  2. Parallèle historique entre la bourgeoisie, «tête de sa propre émancipation, lorsque le prolétariat en était le bras.» Ceci implique, que pour sa propre émancipation, le prolétariat sera «à la fois tête et bras.»
  3. Cette union s’accompagne d’un plan d’organisation et d’un appel à la construction de palais de l’Union.

Cette dernière proposition n’est pas sans rappeler Ferdinand Pelloutier, fondateur de la CGT et des bourses du travail. Elles y sont en quelque sorte, dans son esprit, les Palais  des travailleurs, matérialisation concrète de leur union, dans ce cas, syndicale, et lieu par lequel l’échange, la rupture avec l’isolement, se formera (pour Pelloutier) la conscience de classe.

Bien entendu, Flora ne parle pas de conscience de classe mais parle bien effectivement de constitution des prolétaires en classe, au sens matériel, dans l’union et aussi au sens moral, un sens dont elle s’est toujours montrée soucieuse.

On voit que quels que soient les liens de Flora avec le «réformisme», encore visible dans son Appel aux bourgeois, elle marque clairement une conscience révolutionnaire, elle est ce lien fondamental avec ce socialisme qui ne s’affirmera que plus tard. En ce sens, elle rompt avec les saint-simoniens et les fouriéristes : son problème n’est pas d’apporter aux ouvriers une vérité préfabriquée, et surtout, étrangère à leur expérience réelle et vécue mais bien de leur apprendre à tirer cette vérité d’eux-mêmes. Et c’est peut être là que serait la grande œuvre de l’Union, être l’outil d’une auto émancipation :

«Le jour est venu, il faut agir, et c’est à vous seuls qu’il appartient d’agir dans l’intérêt de votre propre cause.»

Fabien Doyennel

  1. Elle a déjà fait l’expérience de cette solitude morale qui l’accompagnera jusqu’à la fin. Dans une lettre à Victor Considérant, elle écrira en 1844: «songez mon ami (…) que j’ai presque tout le monde contre moi. Les hommes parce que je demande l’émancipation de la femme et les propriétaires parce que je demande celle de l’ouvrier.»
  2. D’où le fait qu’on les appelle prolétaires, la dernière classe censitaire à Rome et les plus nombreux et qui avait à peine le droit de cité.

Manifestations en 2004

AQUITAINE
Bordeaux (33)

  • 15 octobre 2003 – 15 janvier 2004
    Tous les ans au 14 novembre, jour anniversaire de la mort de Flora TRISTÁN, l’Institut régional CGT d’histoire sociale d’Aquitaine, en association avec la Maison du Pérou, dépose une gerbe sur sa tombe au cimetière de Bordeaux-Chartreuse.
  • Le 8 mars 2003, ces organismes envisagent d’associer le souvenir de Flora TRISTÁN à la célébration de la « journée de la femme », selon des modalités non encore définies.
  • 10-20 novembre 2003
    Projet d’une manifestation plurielle s’inscrivant dans différents lieux de Bordeaux et de sa communauté urbaine.Organisateurs : Institut d’histoire sociale d’Aquitaine, Loisirs solidarité retraite, Maison du 25/09/2003Pérou, collectif Femmes Mixitée Gironde.
  • 10-20 novembre 2003 :
    Exposition « Du Pérou à la France, sur les traces de Flora TRISTÁN » réalisée à partir de l’étude de Laure de Guerny et de Constance Le VertMaison du Pérou, 20, rue Saint-Rémi – Bordeaux.
  • 13 novembre 2003 à 10h30
    Dépôt de gerbe sur la tombe de Flora TRISTÁN. Cimetière de la Chartreuse.
  • 13 novembre 2003 à 18h30
    Ouverture du colloque « De Flora TRISTÁN à nos jours : l’émancipation en marche » à la librairie La machine à lire, 8, place du Parlement de Bordeaux.Interventions et débats le : 14 novembre 2003 :

    De 10h à 17h à la Maison de la promotion sociale, 24, avenue Virecourt à Artigues.

    A partir de 17h, animation musicale par le groupe péruvien Wayna Chasqui.

Bègles (33)

  • 13 et 14 novembre à 21h
    Flora, pièce de Yolande Simon d’après la vie de Flora TRISTÁN par la compagnie de la Balancelle. Théâtre du Prêche.

Artigues (33)

  • 14 novembre 2003 à 18 h
    À la suite du colloque, concert de musique traditionnelle des Andes par le groupe Jallapacha.
  • 14 novembre 2003
    Présentation de l’exposition «Flora TRISTÁN, une pionnière du féminisme et du syndicalisme». MPS d’Artigues.

Saint-Médard-en-Jalles (33)

  • 15-21 novembre 2003Présentation de l’exposition «Flora TRISTÁN, une pionnière du féminisme et du syndicalisme». RPA Flora TRISTÁN
  • 15 novembre 2003 à 16 h présentation théâtrale «Flora, notre contemporaine». RPA Flora TRISTÁN.
  • 15 novembre 2003 à 10 h 30Conférence sur la vie de Flora TRISTÁN par Mme Evelyne Bloch Dano. Médiathèque du Carré des Jalles.

– ILE-de-FRANCE
Paris (75)

  • 13 et 14 juin 2003
    Colloque international « De Flora TRISTÁN à Mario Vargas Llosa : deux siècles de relations littéraires Europe latine –Amérique latine« , organisé par l’université de la Sorbonne nouvelle avec le concours de la Maison de l’Amérique latine.Maison de l’Amérique latine, 217, bd Saint-Germain – 75007 Paris.

    Renseignements complémentaires : secrétariat de l’École doctorale de littérature française et comparée, université Paris 3,

    Sorbonne nouvelle, 17, rue de la Sorbonne – 75005 Paris – courrier électronique : stephane.michaud@univ-paris3.fr

  • 22-30 mai 2003
    Exposition « Sur les traces de Flora TRISTÁN et de Paul Gauguin au Pérou« .Mairie du 16e arrondissement ; Tél.. : 01.40.72.16.16
  • 5-18 juin 2003
    Présentation de cette même exposition à la Maison des initiatives étudiantes, 50, rue Tournelles, 75003 Paris ; Tél. : 01.49.96.65.30
  • 12 novembre 2003 à 18 h 30
    «Flora TRISTÁN, le parcours exceptionnel d’une pionnière du féminisme et du combat social» :conférence par Mme Evelyne Bloch-Dano, qui dédicacera à cette occasion son ouvrage sur Flora TRISTÁN paru chez Grasset en 2001.

    La conférence sera suivie d’un vin d’honneur offert par la mairie du XXe arrondissement.

    Mairie du XXe arrondissement, salle des mariages, 6, place Gambetta.

    Renseignements complémentaires auprès de l’association d’histoire et d’archéologie du XXe arrondissement,

    55, rue de la Mare ; Tél. : 01.40.33.46.73 ; télécopie : 01.44.62.06.93

 

 

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